Menacées, des zones rurales défavorisées se battent pour ne pas disparaître de la carte

Menacées, des zones rurales défavorisées se battent pour ne pas disparaître de la carte

La colère gronde dans le monde rural. En cause, la modification des zones rurales défavorisées, ces régions où l’activité agricole est particulièrement difficile. Malgré les protestations, l’Union européenne adopte, le 15 février 2018 par l’Union européenne, la nouvelle carte qui devra aboutir à la diminution de l’enveloppe budgétaire réservée au titre de l’indemnisation des exploitants installées sur ces zones.

La nouvelle carte qui devra entrer en vigueur le 1er janvier 2019 répertorie les régions où il est difficile de mener des activités agricoles. Il s’agit précisément des zones de montagne, des exploitations installées sur des pentes, des régions de faibles productivité et celles où le climat est défavorable. Créée il y a 42 ans, cette carte a permis de mettre en place l’«indemnité compensatoire de handicaps naturels» (ICHN) dont le montant est calculé suivant plusieurs critères. Les agriculteurs éligibles reçoivent annuellement entre 5000 et 15000 euros, ce qui représente, tout compte fait, 1 milliard d’euros de subvention pour soutenir les activités agricoles dans ces zones identifiées pour bénéficier de cette aide.

Bouffée d’oxygène pour un monde rural en situation économique précaire, ces aides constituent une part importante dans le revenu des paysans. Si de manière générale elles peuvent aller jusqu’à 80% des rentrées d’argent dans des zones particulièrement difficiles, avec la nouvelle carte dite simplifiée, la plupart des paysans craignent la ruine de leurs exploitations. Appuyés par des organisations faîtières, ils n’ont cessé de manifester depuis l’annonce de cette réforme.

Le gouvernement pris en tenailles

L’indemnité compensatoire est versée, pour 25% par le ministère de l’agriculture, et le reste par l’Union européenne. Mais cette dernière a pris une directive pour exiger de tous les membres la révision des conditions d’octroi de l’aide, son budget n’étant pas extensible. En effet, avec l’arrivée de nouveaux Etats au sein de l’Union, la réforme était devenue une nécessité pour se conformer aux contraintes budgétaires. Selon les estimations du ministère de l’agriculture, les aides devraient baisser de 27 à 45%. Ce qui constitue une grande préoccupation pour les paysans installés dans ces zones rurales défavorisées. A juste titre, ces paysans y voient une mesure devant causer la baisse de leurs revenus surtout dans un espace économique européen pris de plein fouet par les tenailles concurrentielles des Etats-Unis et des pays émergents à la recherche des marchés d’écoulement de leurs produits agricoles.

Plusieurs départements sont concernés par la redéfinition de la carte agricole mais le Grand Sud-Ouest est la région la plus touchée, à en croire Bertrand Dumas, chargé de mission à la Chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine. Face à cette menace, les exploitants agricoles multiplient des initiatives, entre rencontres avec les responsables du ministère de l’agriculture et manifestations.

Face à la pression du monde paysan, le gouvernement est pris entre la nécessité de protéger cette couche économique et le respect de la directive de l’Union européenne. Pour calmer le jeu, le président Emmanuel Macron a promis des mesures de facilitation du sevrage et un délai de grâce de deux à trois ans. Ce qui ne suffit pas pour calmer la colère des paysans qui redoutent, à terme, la disparition pure et simple de leurs exploitations.

Pour continuer votre lecture


Dernières Infos

Les Plus Commentés